INTRODUCTION
Le respect du droit international est, pour la France, une
condition à l’émergence d’une régulation adaptée du
cyberespace
Un renforcement des menaces dans le cyberespace
Le 12 novembre 2018, à l’initiative de la France, plusieurs
centaines d’États, d’entreprises, d’acteurs du secteur privé et
de représentants de la société civile ont réaffirmé dans l’Appel
de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace
leur soutien à un cyberespace ouvert, sûr, stable, accessible
et pacifique, ainsi que l’applicabilité du droit international,
dont la Charte des Nations unies dans son intégralité, le
droit international humanitaire (DIH) et le droit international
coutumier, à l’usage des technologies de l’information et de
la communication (TIC) par les États.
Cette initiative, en faveur d’une plus grande coopération
internationale entre tous les acteurs opérant dans l’espace
numérique, s’inscrit en réponse à une décennie d’attaques
informatiques toujours plus sophistiquées qui menacent nos
sociétés.
L’absence de règles communes clairement établies et appliquées
laisse, en effet, libre cours à une compétition entre les acteurs
étatiques ou non-étatiques d’autant plus âpre que l’accès et
la maîtrise de cet espace revêtent un caractère stratégique.
Dans le même temps, la difficulté à contrôler la propagation
des attaques, leurs vecteurs et leurs conséquences fait courir
des risques systémiques majeurs.
Le dérèglement et la crise qui en résulte contribuent à faire de
l’espace numérique un champ de confrontation à part entière
comme le souligne la Revue stratégique de défense et de
sécurité nationale publiée en octobre 2017, et participent de
l’imprévisibilité et de l’instabilité de l’environnement stratégique
actuel. Illustrant ce constat, les cyberattaques visant les
systèmes d’information du gouvernement et des administrations,
les secteurs d’activités d’importance vitale et les industries
de défense sont plus nombreuses, plus agressives et plus
techniques.
Cette situation précaire est rendue plus critique encore par les
postures de certains acteurs étatiques et non-étatiques qui,
privilégiant ouvertement les rapports de force, conduisent à
une remise en cause du cadre de la régulation du recours à
la force établie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Aujourd’hui, les violations de principes internationaux auxquels
les États adhèrent de longue date se multiplient.
Face à une menace d’origine numérique toujours plus présente
et durable, et des systèmes rendus plus vulnérables par la
numérisation et leur inter-connectivité croissante, la régulation
du cyberespace entre États et acteurs privés et publics doit
devenir une priorité pour refonder un ordre collectif et multilatéral
en vue de préserver la paix et la sécurité internationales.
Dans le prolongement des conclusions de la Revue stratégique
de cyberdéfense publiée en février 2018, des propositions
françaises lors du dernier cycle de négociations du Groupe des
experts gouvernementaux chargé d’examiner les progrès de la
téléinformatique dans le contexte de la sécurité́ internationale
(GGE), ainsi que de l’Appel de Paris, ce document a vocation
à préciser la position française concernant l’application du
droit international aux opérations cyber 1 afin, notamment,
de réduire les risques d’incompréhension ou d’escalade non
maîtrisée, et de contribuer à une lecture du corpus juridique
cohérente avec la recherche d’un cyberespace pacifique et sûr2.
Une telle démarche doit, par ailleurs, être de nature à faciliter
le développement des coopérations internationales futures.
Dans cette perspective, l’interprétation que la France fait du droit
international applicable aux actions menées dans le cyberespace
s’inscrit, tout d’abord, dans le respect des conclusions
issues des négociations du GGE depuis 2004. Si l’échec du
dernier cycle de négociations du GGE 2016-2017 acte une
divergence fondamentale de perception entre certains États sur
l’architecture internationale de sécurité dans le cyberespace,
il ne remet pas en cause les normes et les principes agréés
les années précédentes par les experts gouvernementaux.
Ces négociations, organisées dans des formats différents
(quinze experts gouvernementaux, puis vingt en 2014-2015
et vingt-cinq en 2016-2017) à cinq reprises entre 2004 et
2017, ont ainsi permis de reconnaître dès 2013 l’applicabilité
du droit international, dont la Charte des Nations unies, au
cyberespace3. En 2015, le GGE a insisté sur l’importance
du droit international, de la Charte des Nations unies et du
principe de souveraineté comme fondements d’une meilleure
sécurité dans l’utilisation des technologies de l’information et
des communications (TIC) par les États. Tout en convenant de
la nécessité d’approfondir la question, le GGE a noté que les
États avaient le droit de prendre des mesures conformes au
droit international et reconnues par la Charte. Il a également
rappelé les principes de DIH reconnus, y compris, lorsqu’ils sont
applicables, les principes de distinction et de proportionnalité4.
1 Dans le présent document, les expressions « opérations dans le domaine cyber », « cyber-opérations » et « opérations cyber » sont considérées comme des synonymes. Pour les définitions associées, voir le glossaire en annexe.
2 L’espionnage informatique, qui n’est pas illicite en droit international bien qu’il puisse méconnaitre ce droit lorsqu’il est associé à un fait internationalement illicite, ne fait
pas l’objet d’une analyse ou de développements spécifiques dans le présent document.
3 SGDSN, Revue stratégique de cyberdéfense, février 2018, p. 36. « Rapport du Groupe d’experts gouvernementaux chargé d’examiner les progrès de l’informatique
et des télécommunications dans le contexte de la sécurité internationale », A/68/98, 24 juin 2013, § 19.
4 « Rapport du Groupe d’experts gouvernementaux chargé d’examiner les progrès de l’informatique et des télécommunications dans le contexte de la sécurité
internationale », Note du Secrétaire général, A/70/174, 22 juillet 2015. L’Assemblée générale des Nations Unies demande à tous les États de s’inspirer, pour ce qui
touche à l’utilisation de l’informatique et des technologies des communications, du rapport du GGE de 2015 (voir résolution A/RES/70/237 du 23 décembre 2015).
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