FF 2016
Technologie
Toutes les parties prenantes à des conflits, qu’elles soient étatiques ou non, ont
aujourd’hui beaucoup plus de possibilités d’obtenir des informations sur l’adversaire
et de dresser un tableau de la situation. Dans certains domaines, en particulier dans
le cyberespace, les frontières nationales et les distances ne jouent plus guère de rôle,
tandis que dans d’autres, une présence physique sur place reste une nécessité. En ce
qui concerne les moyens d’action, les distances ont aussi perdu de leur importance.
C’est particulièrement vrai dans le cyberespace, une fois de plus. Les cyberattaques
peuvent être menées en soutien aux opérations militaires ou indépendamment des
interventions de l’armée. On peut en déduire que dans les conflits futurs, quasiment
toutes les parties, qu’elles soient petites ou grandes, étatiques ou non, adopteront un
rôle offensif dans le cyberespace. En raison de l’importance accrue de ce dernier, la
Suisse peut, en cas de conflits armés, en être affectée si des acteurs étrangers participant au conflit utilisent abusivement son infrastructure d’information et de communication ou l’endommagent. Des restrictions frappant ces infrastructures à l’étranger
peuvent également se répercuter directement sur la Suisse.
Les distances perdent aussi de leur importance dans la projection de la force physique, quoique dans une ampleur bien moindre. Avec la diffusion de vecteurs à
longue portée, en particulier pour les missiles balistiques et les missiles de croisière,
de plus en plus d’États seront à même d’opérer militairement sur des milliers de
kilomètres. Un type particulier de projection du pouvoir au niveau mondial est le
recours à des drones, fréquemment stationnés au niveau local, mais pilotés directement depuis leur pays d’origine, pour la reconnaissance et pour atteindre des objectifs. Jusqu’à présent, seuls les États-Unis disposaient de cette capacité. Le nombre
d’acteurs pouvant exercer ce type de pouvoir à l’échelle mondiale va cependant
augmenter. Les possibilités dont disposeront les acteurs non étatiques de projeter la
force physique demeureront toutefois moindres par rapport à celles des États: pour
eux, le recours à la force dans des régions éloignées se limitera souvent à l’envoi de
combattants ou à leur recrutement au niveau local, ce que facilitent la mobilité
mondiale et l’interconnexion.
Conséquences pour la Suisse
La probabilité que la Suisse – notamment avec le nouveau mode de déroulement des
conflits – puisse être elle-même impliquée dans un conflit armé15 dans un avenir
proche s’est certes accrue, mais elle demeure néanmoins faible. La nouvelle structure des conflits influe cependant sur elle, sur sa politique de sécurité et sur les
instruments dont elle dispose pour mettre en œuvre cette politique: face à de nou15
Par conflit armé, on entend dans le présent rapport une situation dans laquelle la Suisse
doit se défendre. Autrement dit, l’ampleur de la menace (intensité, étendue) est telle que
l’intégrité territoriale, l’ensemble de la population ou l’exercice de la puissance étatique
se trouve menacé et que l’armée doit être engagée pour mener à bien sa mission de défense. Cette interprétation du terme «défense» s’appuie uniquement sur la Constitution et
répond donc à une question interne à l’État qui est de savoir qui est compétent dans une
situation de mise en danger notable de la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse. La
définition du cas de défense tel qu’il est prévu par la Charte de l’ONU et celle prévue par
le droit international des conflits armés sont réservées.
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