l’interopérabilité avec le réseau global, tirant argument de l’influence des États-Unis sur
une infrastructure devenue stratégique. Or, ce risque de fermeture et de fragmentation du
monde numérique est aussi peu désirable que l’hégémonie d’un acteur. Pour cela, une
réforme de sa gouvernance est nécessaire.
L’influence d’un État dans la gouvernance d’Internet dépend du poids de son économie
numérique dans la mesure où le modèle multiparties prenantes laisse une large place au
secteur privé. Ainsi, la stratégie internationale de la France pour accroître son influence
dans la gouvernance mondiale dépend essentiellement de sa capacité à promouvoir les
entreprises françaises du numérique au-delà du seul marché national et européen, et à fédérer une diversité d’acteurs publics comme privés pour déployer des actions cohérentes
dans les différents foras de gouvernance.
Afin de préserver un Internet ouvert et interopérable, la France poursuivra donc
les objectifs suivants :
Promouvoir une gouvernance d’Internet démocratique, représentative et inclusive
La France considère qu’Internet doit demeurer une infrastructure commune ouverte pour
que les externalités positives attendues de la transformation numérique jouent pleinement
leur rôle. La gouvernance multi-acteur, qui a su faire preuve de son efficacité, doit être
maintenue et renforcée afin de préserver l’équilibre face à ces menaces de fragmentation
internes et externes. Elle doit cependant évoluer pour retrouver la légitimité renforcée qui
lui est nécessaire :
• en premier lieu, un nouvel équilibre du modèle multi-acteur doit être recherché afin
d’améliorer l’articulation entre la diversité des parties prenantes et la spécificité du rôle des
États sur le plan international, mais aussi permettre une meilleure association des diverses
parties prenantes ;
• en second lieu, une plus grande diversité des acteurs doit être promue afin de garantir la représentativité et la légitimité des instances de gouvernance. La France poursuit
l’effort qu’elle a engagé, en ce sens, au sein de l’ICANN. La fin de la tutelle américaine
sur l’ICANN, officielle depuis le 1er octobre 2017, doit désormais s’accompagner d’une
réelle diversification des équipes dirigeantes de cette organisation et de ses structures ; la
France œuvre en ce sens en proposant la création d’une structure pérenne de promotion
de la diversité ;
• enfin, les questions relatives aux conflits de juridiction sur Internet, au droit applicable
aux noms de domaine génériques (gTLD) et à l’application en ligne des droits fondamentaux (tels que la protection de la vie privée) doivent être abordées au niveau international,
faute de quoi la fragmentation d’Internet s’accentuera.
La France compte sur l’investissement et sur la mobilisation de la société civile et des différents services de l’État concernés afin que ces derniers continuent à s’engager et à participer aux travaux et aux négociations (notamment au sein des instances de gouvernance
et des instances techniques de l’Internet) en concertation avec les différents ministères
sous la coordination du ministère des Affaires étrangères (MEAE).
C’est au sein de diverses enceintes multi-acteurs (Internet Corporation for Assigned Names
and Numbers, Forum sur la gouvernance d’Internet) et multilatérales (Union internationale
des télécommunications et Organisation des Nations unies, Sommet mondial sur la société
de l’information) que la France défend ses positions en faveur d’une gouvernance d’Internet démocratique, représentative et inclusive : le ministère de l’Europe et des Affaires
étrangères et le ministère de l’Économie et des Finances représentent la France au sein du
comité consultatif des gouvernements (GAC en anglais) de l’ICANN, dans lequel participent
les gouvernements de plus de 150 pays. La France a obtenu la vice-présidence du GAC en
2016-2017.
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