FF 2016
Dans la région du Sahel, les revendications traditionnelles se mêlent aux conflits
plus récents. La faible participation des minorités à l’exercice du pouvoir, les inégalités sociales et la faiblesse de l’appareil étatique alimentent souvent des tensions qui
peuvent aboutir à des insurrections et des coups d’État. L’économie clanique et la
corruption entravent le développement économique. Une aggravation des problèmes
environnementaux et la croissance démographique accentuent la pauvreté, les flux
migratoires, le chômage et l’exode rural. De vastes territoires échappent au contrôle
étatique et les États ne peuvent pas garantir la sécurité de leur population. Le crime
organisé transnational et des acteurs politiques locaux disposent ainsi d’une grande
liberté pour s’adonner à la traite des êtres humains, au trafic de drogues ou d’armes,
aux prises d’otages et au blanchiment d’argent, et les groupes terroristes deviennent
de plus en plus populaires. Des groupes, tels qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique ou
les branches de l’organisation «État islamique» au Nigéria (Boko Haram) et en
Libye, poursuivent leurs activités ou ont pris pied dans la région. Ils bénéficient,
pour certains, d’un soutien financier extérieur. L’instabilité dans la région frontalière
de la Libye, de l’Algérie et du Niger, mais aussi au Mali, est particulièrement aiguë.
De façon générale, le Sahel est une région marquée par l’instabilité, en dépit des
efforts déployés par certains États, par la Communauté économique des États de
l’Afrique de l’Ouest, par l’Union africaine, par les Nations Unies et par d’autres
organisations internationales.
États fragiles
Un problème de sécurité fondamental, en Afrique du Nord et au Proche-Orient, mais
aussi dans d’autres régions, tient à la faiblesse des structures étatiques. Cela signifie
que certains pays – qualifiés d’États fragiles – ne sont pas en mesure de répondre
aux besoins fondamentaux de la population et d’assurer des fonctions étatiques,
parce que leur organisation ou les moyens financiers dont ils disposent ne le permettent pas ou parce qu’ils sont déchirés par des conflits internes. Le comportement des
élites locales, les forces dont elles disposent et la manière qu’elles ont d’exercer le
pouvoir influent fondamentalement sur cette situation. Souvent, les réserves de
matières premières, leur accessibilité et la répartition des retombées économiques
jouent un rôle central. La faiblesse des institutions donne une faible légitimité à ceux
qui gèrent les affaires politiques et entraîne une absence d’état de droit et un monopole étatique partiel, voire inexistant, de l’usage de la force. Des lacunes apparaissent alors dans la sécurité dont doit bénéficier la population et dans le respect des
droits de l’homme, et la croissance économique reste faible. Le développement des
nouvelles technologies, l’évolution démographique et le changement climatique ont,
ces dernières années, fragilisé davantage certains États.
Très souvent, le trafic de drogues et celui des armes ainsi que les violations des
droits de l’homme sont à la fois les causes et les conséquences de cette fragilité et
des conflits armés. Ces derniers sont généralement alimentés par des économies de
guerre, elles-mêmes étroitement liées au crime organisé, à la corruption et au terrorisme. Près des deux tiers des États fragiles ont connu des conflits armés depuis
1989 et plus du 40 % sont le théâtre de nouveaux affrontements dans la décennie qui
suit.
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