FF 2016
Un autre phénomène concomitant des États fragiles et des conflits violents est la
piraterie. Les attaques visant des navires marchands avec détournements et demandes de rançons ont débuté en 2006, dans le golfe d’Aden, pour ensuite s’étendre
à la corne de l’Afrique et à des parties de l’Océan indien. Les opérations militaires
déployées en 2009 et les mesures de prévention prises par les armateurs ont rapidement déployé leurs effets. Le haut lieu de la piraterie s’est déplacé vers la côte de
l’Afrique de l’Ouest, principalement au large du Nigéria. En Afrique, la propension
à la violence s’ajoute à la demande de rançon, ce qui se solde souvent par des blessures graves infligées aux membres d’équipage des bateaux piratés ou par leur mort.
La Libye et le Yémen illustrent de quelle manière l’autorité étatique peut être rapidement réduite à néant. Dans les deux cas, des conflits internes impliquant une
influence extérieure ont rapidement transformé un État fragile en un État véritablement déstructuré, communément qualifié d’État failli.
Conséquences pour la Suisse
L’insécurité qui règne au Maghreb, au Proche-Orient et au Moyen-Orient exerce une
influence directe sur la sécurité en Suisse: les conflits qui ravagent ces régions,
l’hostilité des organisations terroristes Al-Qaïda et «État islamique» contre
l’Occident et l’attrait suscité par le djihadisme sur des personnes vivant en Suisse
jouent un rôle déterminant dans la menace d’attentats sur le sol suisse ou d’attaques
terroristes visant des ressortissants et des infrastructures suisses à l’étranger. Il n’est
pas uniquement question ici des projets des organisations terroristes; des personnes
en Suisse peuvent se radicaliser et passer à l’acte sans pour autant avoir des liens
directs avec de telles organisations. Ce sont surtout les djihadistes de retour en
Suisse qui représentent une menace. Par ailleurs, l’instabilité régionale provoque ou
favorise les flux de réfugiés et de migrants, qui peuvent également être utilisés par
les terroristes pour entrer en Suisse sans se faire remarquer.
Les ressortissants suisses et les intérêts de la Suisse peuvent également être menacés
à l’étranger. En comparaison internationale, les Suisses devraient continuer à effectuer un nombre de voyages supérieur à la moyenne ou à davantage travailler à
l’étranger, y compris dans des régions en crise. De ce fait, les intérêts de la Suisse
peuvent être affectés, plutôt par hasard, par des conflits ou des actes terroristes;
toutefois, en tant que nation occidentale, la Suisse est perçue par les djihadistes
comme faisant partie du camp ennemi. Dans les zones de conflits du monde islamique notamment, les Suisses peuvent, à tout moment, être victimes d’enlèvements
ou d’actes terroristes13. Pour un nombre croissant de représentations diplomatiques
suisses, la sécurité est une question de plus en plus ardue de sorte que, ces dernières
années, des mesures de sécurité accrues ont dû être prises dans plusieurs ambassades. Les conflits violents qui se propagent peuvent en outre, de la même manière
que des catastrophes d’origine naturelle ou technique, rendre nécessaire une large
évacuation à brève échéance des ressortissants suisses.
13
Le nombre de détournements d’origine terroriste a fortement augmenté au début de cette
décennie. Parmi ceux-ci, une douzaine a un lien avec la Suisse. L’attaque commise en
1997 à Luxor (Égypte), où 36 personnes de nationalité suisse avaient trouvé la mort, était
toutefois une exception. Reste que des Suisses continuent d’être tués ou blessés lors
d’attentats.
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