FF 2016
sant l’intégration des politiques de défense ainsi que la collaboration entre les États
membres restants. Les scénarios portant sur les futurs rapports entre l’Occident et la
Russie présentent eux aussi une certaine ambivalence. D’un côté, on assiste à un
durcissement des fronts, qui fait peser la menace d’une confrontation politique,
économique et, le cas échéant, militaire, entre la Russie, d’une part, et les ÉtatsUnis, l’OTAN et l’UE, d’autre part. De l’autre côté, il existe toujours une possibilité
de coopération entre l’Occident et la Russie, comme l’a montré la conclusion de
l’accord sur le nucléaire iranien. Nul ne peut prévoir comment se dérouleront les
événements ni quelle en sera l’issue. De graves crises pourraient éclater sur une
ligne qui sépare l’Est de l’Ouest et qui traverse tout le continent, allant de la mer
Baltique au Caucase, en passant par la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie et les
Balkans. Dans cette dernière région, qui n’a pas encore surmonté l’effondrement de
la Yougoslavie, la nouvelle rivalité pourrait se superposer avec des conflits. De part
et d’autre, tout un arsenal de moyens, militaires ou non, pourrait alors être utilisé.
Conséquences pour la Suisse
La Suisse interagit fortement avec le monde entier. En tant qu’État doté d’une force
très limitée, il est dans son intérêt que des normes internationales existent et soient
respectées. Or, les normes de ce type ne sont pas définies une fois pour toutes. Avec
l’apparition de nouveaux acteurs sur l’échiquier international et à mesure que les
acteurs existants gagnent ou perdent de l’influence, des normes peuvent s’écarter de
l’ordre occidental libéral tel qu’il s’est établi dans l’après-guerre. Il est important
que la Suisse s’implique dans ce processus de définition de nouvelles normes et
d’adaptation des normes existantes, en défendant ses intérêts et les valeurs qui sont
les siennes. Elle ne peut toutefois ni dominer ce processus ni s’y soustraire.
Au niveau régional, que ce soit en Europe ou dans l’espace euro-atlantique, des
normes importantes pour la Suisse ont aussi commencé à évoluer, par exemple en ce
qui concerne les pratiques fiscales. De façon générale, la tendance est à une plus
grande harmonisation internationale dans la conception de laquelle des acteurs
puissants exercent une influence accrue. La Suisse subit une pression pour adopter
de telles normes; elle pourrait tenter de les ignorer, mais les coûts et les risques
économiques seraient considérables.
La Suisse doit se faire à l’idée que, dans la concurrence politique et économique qui
fait rage entre les États, il est nécessaire de recourir à toutes sortes de ressources du
pouvoir et de former des alliances qui s’adaptent en fonction des objets et des intérêts à défendre. Cette lutte pour la défense des intérêts est âpre; toutefois, elle ne
touche la politique de sécurité que lorsque des États cherchent à imposer, par la
force ou par la menace, leurs intérêts politiques à la Suisse. Les réponses à apporter
aux pressions politiques et économiques provoquées par la bataille des intérêts au
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